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Un article d’Hospimédia : Les travailleurs volent de leurs propres ailes à l’Esat de Mantes-la-Ville

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À Mantes-la-Ville, en région parisienne, l’autonomie et l’indépendance sont les maîtres-mots des équipes de ménage et d’entretien des espaces verts. Depuis peu, les travailleurs se rendent même seuls sur les lieux des prestations grâce à des voitures sans permis. Cette étape ouvre de nombreux nouveaux horizons…

À Mantes-la-Ville (Yvelines), les travailleurs en situation de handicap apprennent à déployer leurs ailes. L’établissement et service d’aide par le travail (Esat) L’Envol, géré par Délos Apei 78, fait partie de ces nombreux établissements innovants qui cherchent à développer l’indépendance de ses travailleurs (il a d’ailleurs été identifié comme étant un "leader silencieux" des Esat par une récente étude académique, lire notre article).

Cette volonté a abouti à mettre en place une démarche d’autonomisation des usagers avec le déploiement de voitures "sans permis" afin qu’ils puissent se rendre seuls sur les sites de leurs prestations, pour leur plus grande fierté. "Aller seuls au travail, moi je trouve cela bien : cela prouve que nous sommes capables de faire des choses", se félicite Jennifer, travailleuse en situation de handicap.

Cette initiative part de la volonté de mettre en place des équipes autonomes, véritablement en inclusion auprès du client. Ghislaine Alessandri, chef de service médico-social, raconte que "les personnes accompagnées semblaient très autonomes dans leur organisation du travail, nous nous sommes dit que cela pouvait agir comme un tremplin".

Comme le souligne le directeur de la structure, Khamthong Kaiym, "nous ne voulons pas être uniquement dans la vente de prestations mais également dans le sens que nous souhaitons leur donner." Ainsi, les travailleurs en situation de handicap sont en contact direct avec les entreprises ordinaires effectuant leurs prestations sur place durant les horaires de bureau classiques. Cela présente un double avantage : autonomiser les usagers et mettre en avant leurs compétences, sensibilisant par là-même les salariés à la thématique du handicap. "Parfois, les gens nous parlent ou nous offrent le café. Au mois de janvier, des chocolats nous sont offerts", raconte Jennifer. Le fait d’être en autonomie totale sur le site de la prestation permet aussi aux équipes de développer leur sens de la coopération. "Nous nous partageons les tâches", explique Barbara, travailleuse en situation de handicap. "Cela fait du bien de travailler seule, avec mes collègues, je me sens responsable." Une bonne manière de renforcer des compétences interpersonnelles, cruciales dans le monde professionnel.

Non pas chauffeurs mais moniteurs !

Les avantages des équipes sont donc nombreux mais l’organisation s’est révélée très compliquée pour les moniteurs. "Nous avions de plus en plus de demandes d’entretien des locaux, le seul souci était les transports", indique Fernanda Coutenay, monitrice principale du pôle prestation. "En faisant les chauffeurs, nous n’avions plus le lien avec les personnes en situation de handicap." En effet, "ce n’est pas parce qu’ils sont autonomes qu’un suivi n’est pas assuré", souligne Floriane François, monitrice. Cette pression s’est d’autant renforcée avec la crise sanitaire, qui a poussé l’établissement à tenter de limiter les contacts entre usagers. L’achat récent de trois véhicules sans permis laisse donc la possibilité aux professionnels de se concentrer sur leur cœur de métier : l’accompagnement.

De leurs côtés, l’obtention du permis AM permet aux usagers de s’ouvrir à de nouveaux horizons, avec notamment les mises à disposition. Si ces dernières ne sont nullement réservées aux conducteurs, cela simplifie les choses. "C’est plus facile pour faire des mises à disposition pour les personnes qui peuvent prendre des voitures sans permis", estime ainsi Barbara. Surtout, cette autonomisation, aboutie avec les voitures sans permis, insuffle de nouvelles idées aux bénéficiaires. "Depuis cinq ans que nous mettons des équipes en autonomie, nous constatons que cela a suscité beaucoup d’envie", soutient Malika Noël, éducatrice en charge des suivis des projets. L’objectif pouvant être par exemple d’accompagner vers le milieu ordinaire de travail.

Vers un parcours renforcé dans l’emploi ?

Cette inclusion doit toutefois répondre aux envies des travailleurs, qui restent précautionneux sur le sujet. "Le milieu ordinaire ? Je ne sais pas trop...", s’interroge Jennifer. "D’abord je vais essayer de faire le Duoday pour voir dans une entreprise normale s’ils font le ménage comme nous." Barbara témoigne d’une même réticence : "dans le milieu ordinaire, j’aurais peur d’être virée mais j’ai aussi envie de plus de défis et d’être vraiment autonome." Pas question pour l’établissement de les jeter hors du nid. "Il y a quand même des équipes avec lesquelles nous restons car elles ne sont pas tout à fait prêtes", témoigne Floriane François. C’est tout l’intérêt de cette autonomisation progressive. Pour Ghislaine Alessandri, "les récentes concertations sur l’avenir des Esat (lire notre article) nous confortent dans notre travail avec le milieu ordinaire. En tous cas nous pensons être dans la philosophie du projet de réforme." Quoiqu’il en soit, le cheminement est ouvert. Peut-être demain les travailleurs de l’établissement voleront de leurs propres ailes…

Sans permis, vraiment ?

L’appellation "voiture sans permis" peut prêter à confusion. En effet, la conduite de ces véhicules sur la voie publique est tout de même conditionnée à un diplôme : le brevet de sécurité routière (BSR), catégorie AM du permis de conduire. D’ailleurs, pas si facile que ça, "j’ai eu un peu de mal à passer mon permis AM, mais maintenant que je l’ai, j’en suis fière", s’illumine Barbara. L’Esat engage donc une démarche de formation pour les volontaires, six d’entre eux en ont bénéficié et un deuxième groupe commence son apprentissage. Cette compétence peut ouvrir à de nouvelles opportunités. Selon Fernanda Coutenay, monitrice principale du pôle prestation, "le permis AM ouvre la porte à l’obtention du permis B".